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Détecter une chute sans caméra : votre WiFi peut-il veiller la nuit ?

Détection de chute et de présence par WiFi, sans caméra : ce que l'outil open source RuView sait vraiment faire, ses limites et comment le tester.

Auteur
Équipe Autensai
Temps de lecture estimé
5 min de lecture
Détecter une chute sans caméra : votre WiFi peut-il veiller la nuit ?

Un veilleur de nuit est déjà en poste dans votre bâtiment : votre borne WiFi. Ses ondes traversent les cloisons, et chaque geste, chaque respiration, les déforme légèrement. Le projet open source RuView (licence MIT) lit ces déformations pour détecter une présence, un rythme respiratoire, une chute : sans caméra, sans bracelet, sans abonnement. La promesse mérite d'être vérifiée. Voici ce que ce veilleur voit vraiment, ce qu'il devine seulement, et comment le tester sans rien risquer.

Comment une onde WiFi détecte une chute

Une borne WiFi émet en permanence des ondes radio qui remplissent la pièce. Un corps qui bouge, ou simplement une cage thoracique qui se soulève, modifie la façon dont ces ondes se propagent. Ces variations portent un nom technique : les informations d'état du canal, ou CSI. Une petite carte électronique, un ESP32-S3 vendu autour de 9 dollars, suffit à les capter.

Le reste est du filtrage de signal. La respiration fait vibrer le canal entre 0,1 et 0,5 Hz, soit 6 à 30 cycles par minute. Le cœur, entre 0,8 et 2 Hz, soit 40 à 120 battements par minute. Une chute, elle, provoque une accélération brutale et courte du signal : RuView la détecte en moins de 200 millisecondes. Et comme les ondes traversent les cloisons, la portée annoncée atteint 5 mètres à travers un mur, selon la qualité du signal.

Aucune image n'est captée à aucun moment. Le veilleur entend les vibrations de la pièce, il ne la regarde pas.

Ce que RuView mesure aujourd'hui, chiffres publiés

Le projet est ouvert : code source sur GitHub, licence MIT, plus de 1 400 tests automatisés. Tout tourne en local, sur la carte elle-même ou sur un petit serveur : pas de cloud, pas de connexion internet obligatoire, aucune donnée qui quitte le bâtiment.

Le modèle de détection de présence, publié sur Hugging Face, affiche 82,3 % de précision sur des données jamais vues à l'entraînement. Détail qui inspire confiance : l'équipe avait d'abord annoncé 100 %, a constaté que la mesure était biaisée, et a publiquement rétracté le chiffre. Un projet qui corrige ses propres promesses vaut mieux qu'une plaquette commerciale qui n'en corrige aucune.

La calibration d'une pièce prend environ 30 secondes. Le système s'intègre à Home Assistant et expose des états directement exploitables : sortie de lit, inactivité inhabituelle, détresse possible, pièce occupée. De quoi construire des alertes sans écrire une ligne de code.

Ce qu'il ne sait pas encore faire

RuView est un logiciel en version bêta, et sa documentation ne le cache pas.

La reconstruction du squelette en 17 points, mise en avant dans les démonstrations, n'atteint que 3 % de précision sur le modèle embarqué, loin de l'objectif de 35 % que le projet s'est fixé. Les vidéos impressionnantes utilisent une caméra en renfort. Un seul capteur donne une lecture grossière : pour distinguer plusieurs personnes ou couvrir un logement, il en faut deux à six. Un bogue documenté empêche encore de charger le modèle pré-entraîné dans le serveur temps réel. Et la démonstration Docker tourne sur des données simulées : elle montre l'interface, pas la performance.

Surtout : ce n'est pas un dispositif médical. Pas de marquage CE, pas de certification. RuView ne peut pas remplacer une téléassistance agréée ni une présence humaine. C'est une couche de vigilance en plus, jamais un substitut.

Le tester en une après-midi, étape par étape

L'été, quand l'activité ralentit, se prête bien à ce genre d'essai posé.

  1. Lancez la démonstration Docker sur un ordinateur : aucun matériel à acheter, vous découvrez l'interface en dix minutes.
  2. Commandez trois cartes ESP32-S3, soit une trentaine de dollars, et suivez le guide d'installation du projet pour les configurer sur votre réseau.
  3. Choisissez une pièce non critique. Calibrez, puis laissez tourner deux semaines sans brancher la moindre alarme. Notez chaque fausse alerte : un courant d'air, un rideau, un animal.
  4. Si le taux de fausses alertes par nuit reste acceptable pour vos équipes, et seulement à ce moment-là, reliez les alertes à votre supervision.

Un ordinateur portable sans carte dédiée ne donne qu'une détection de présence grossière : pour les signes vitaux et la chute, les petites cartes sont indispensables.

Un exemple chiffré : la chambre d'un résident, la nuit

En France, une personne de plus de 65 ans sur trois chute au moins une fois par an. La gravité dépend souvent moins de la chute elle-même que du temps passé au sol : au-delà d'une heure, les complications s'alourdissent nettement. Or c'est la nuit, entre deux rondes, que ce délai s'étire.

Comparons les options pour une chambre de 20 m². Une caméra coûte de 200 à 2 000 dollars par zone, exige un affichage, un consentement, et installe un malaise durable. Un bracelet d'alerte suppose que la personne le porte et soit en état d'appuyer. Un capteur WiFi coûte une dizaine d'euros, ne se porte pas, ne filme rien : l'alerte part en moins d'une seconde vers le poste de veille, et un humain décide de la suite.

Pendant la phase pilote, mesurez trois choses : le nombre de fausses alertes par nuit, le taux de détection sur des chutes simulées, et le délai réel entre l'événement et sa réception. Ces trois chiffres, pas la fiche technique, diront si le veilleur mérite sa place.

Sans image ne veut pas dire sans règles

Un rythme cardiaque et une fréquence respiratoire sont des données de santé au sens du RGPD, image ou pas. Suivre en continu des personnes vulnérables impose une base légale, l'information des résidents et de leurs familles, une inscription au registre des traitements, et très probablement une analyse d'impact préalable.

Le traitement entièrement local joue en faveur du projet : rien à stocker dans un cloud, rien à protéger contre une fuite, rien à effacer sur demande. C'est un avantage réel sur la vidéosurveillance. Mais un veilleur, même discret, doit être déclaré. Prévoyez cette étape avant le déploiement, pas après le premier incident.

Et maintenant ?

Un boîtier à 9 dollars ne remplacera ni une aide-soignante ni une téléassistance certifiée. Il ajoute une ronde silencieuse là où personne ne passe entre deux et cinq heures du matin. Tout l'enjeu tient en quatre mots : veiller sans surveiller.

Si le sujet vous parle, pour un établissement, une veille nocturne ou un proche, prenons le temps d'en discuter et de cadrer un pilote adapté à vos locaux : prendre rendez-vous.

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